L’Afrique nourrit l’Afrique: Pourquoi une réforme du système éducatif est- elle nécessaire ?

The research needed for agricultural development in Africa will require well-educated youth in science and technology.

Se nourrir et aider à nourrir le monde, est le défi majeur auquel l’Afrique est actuellement confrontée. Difficile aujourd’hui, ce défi s’annonce plus dur dans le futur, car le système alimentaire africain devra subir, au cours des prochaines décennies, des changements importants résultant de l’effet combiné de plusieurs forces à savoir.

Urbanisation et croissance démographique

Projected urban and rural population growth rates in Africa, from 1950 to 2050.

Projected urban and rural population growth rates in Africa, from 1950 to 2050.

L’urbanisation rapide est l’une des forces majeures de la transformation du système alimentaire en Afrique. En effet avec un taux annuel moyen de 3%, l’Afrique présente une croissance démographique plus élevé que n’importe autre quelle région du monde. A ce rythme, il est prévu que l’Afrique sera le continent le plus peuplé du monde d’ici 2050. Mais la population africaine n’est pas seulement en croissance, elle est aussi de plus en plus urbaine. Au début des années 60, 85% de la population de l’Afrique de l’Ouest vivaient dans les zones rurales ; mais on prévoit d’ici 2020, un renversement de la situation avec une population urbaine d’environ 60% contre 40% en zone rural. Le rythme actuel de la croissance démographique fera tripler la population urbaine africaine au cours des 40 prochaines années (Figure 1).

Il en résultera sans doute une augmentation des besoins alimentaires avec une demande plus exigeante en qualité et plus orientée vers les aliments de haute valeur nutritive comme les légumes, les fruits, la viande, ou les produits laitiers, et des produits transformés, emballés ou faciles à préparer. La baisse de la population rurale au profit de la population urbaine pourra réduire la force de travail et les capacités productives en milieu rural, et par conséquent affecter l’offre alimentaire locale essentiellement basée sur les exploitations agricoles familiales.

Figure 1 : Evolution de la population urbaine africaine

Source: UN Urban Projections

Croissance économique

Les changements dans les systèmes alimentaires sont également déterminés par les évolutions du produit intérieur brut (PIB) par habitant. Or depuis le début du millénaire, l’Afrique connait une croissance économique soutenue avec une tendance globalement positive du PIB par habitant. Dans la théorie économique, la consommation alimentaire augmente avec le niveau de revenu. Particulièrement, la demande pour les aliments transformés et de haute valeur nutritive tels que la viande, le poisson, les fruits, les légumes et les produits laitiers augmentent considérablement avec le niveau de revenu. La croissance économique devra donc renforcer les effets de l’urbanisation sur le système alimentaire africain. Ensemble, ces deux forces vont plus que tripler les volumes de denrées alimentaires commercialisés au cours des 40 prochaines années, avec une forte implication sur la demande de produits transformés, de haute valeur nutritive et faciles à cuisiner.

Changement climatique

Le changement climatique est un facteur externe pouvant être à l’origine d’importants changements dans les systèmes alimentaires. D’abord le changement climatique affecte l’offre et la disponibilité des produits alimentaires à travers l’affaiblissement de la résilience des systèmes de production agricoles. Particulièrement, il contribue à la dégradation des ressources naturelles notamment des ressources eau et des sols qui constituent le socle de la production agricole en Afrique subsaharienne. A travers l’augmentation des risques d’inondations, de sécheresse ou d’attaques parasitaires, le changement climatique réduit les rendements agricoles et la production alimentaire locale, et affaiblit aussi les moyens d’existence des populations rurales. Les projections à l’horizon 2050 des impacts du changement climatique sur le potentiel de production agricole en Afrique montrent une disparation de 75 millions d’hectares de terres agricoles dans les zones arides et semi-arides, avec une baisse de la production céréalière de 20 à 50% dans les pays sahéliens et de 5 à 20% dans les pays à climat soudano-guinéen (Compaore, 2012). Outre la baisse de la production alimentaire, le changement climatique contribue à l’augmentation des besoins alimentaires à travers les catastrophes naturelles dont il est à l’origine et qui engloutissent les moyens d’existence des populations urbaines et rurales, et les mettent en situation d’urgences et de crises alimentaires et nutritionnelles.

En quoi ces défis nécessitent une reforme du système éducatif?

Les forces décrites dans les paragraphes précédents vont induire des changements transformationnels importants dans les besoins alimentaires des populations avec des implications considérables sur la structure du système alimentaire en Afrique. Pour faire face à ces changements, l’Afrique aura besoin d’un flux important de compétences scientifiques et techniques pour soutenir et intensifier la production agricole, favoriser l’essor des industries agro-alimentaires, et renforcer les systèmes de stockage et de gestion de la chaîne de production et de transformation agro-industrielle. La demande croissante des produits transformés nécessitera un investissement substantiel dans les technologies agro-industrielles. Pour intensifier la transformation du manioc, du maïs, du sorgho, de l’igname, ou de la banane, du niveau artisanal à l’échelle industrielle, l’industrie alimentaire devra entreprendre des recherches dans les domaines de la biochimie, de la biotechnologie et de production d’emballage, ainsi que sur les processus de base de la fermentation. Tout ceci souligne la nécessite de renforcer les capacités techniques et en ressources humaines des universités, des centres de formation professionnelle et des laboratoires, en vue d’aider le secteur privé à répondre durablement aux besoins alimentaires de plus en plus exigeants des populations. Il faudra donc des reformes institutionnelles et politiques importantes afin de rapprocher les universités, les laboratoires et autres centres de formations des besoins en connaissances techniques et scientifiques du secteur prive.

En effet, il est ironique que face cet énorme défi de comment l’Afrique peut se nourrir et aider à nourrir le monde, les universités africaines continuent de pondre chaque années des milliers de jeunes diplômés en droit, en économie, ou en sciences politiques, alors qu’ils ne sont que quelques dizaines, encore peu outillés, à sortir des écoles d’agronomie ou sciences de santé et nutritionnelles.

La sixième Semaine Scientifique de l’Agriculture Africaine (SSAA6) est à cet effet très opportun. La SSAA6 offre au FARA et ses partenaires notamment le RUFORUM et l’ANAFE et le CTA l’occasion de réfléchir sur les défis et les opportunités du système éducatif africain en vue de jeter les bases et proposer les voies et moyens pour conduire cette reforme urgente et nécessaire dans les curricula de formation supérieure en Afrique.

Blog écrit par Rivaldo Kpadonou, Reporter Social du AASW6.

Photo: Photo: G. Napolitano (FAO)

Categories: AASW6, Education | Leave a comment

About Rivaldo Kpadonou

Young graduated in agricultural economics and sustainable water management. I am ILC Africa (www.ilcafrica.com) and Africa Lead (www.africaleadftf.org) fellow, and working at CILSS as junior professional. Visit my social media for more informations about me: Twitter (https://twitter.com/rivtounde), Facebook (http://www.facebook.com/rivtounde), Blog (http://toundeblog.blogspot.com/)

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