Libre circulation de l’information scientifique et technique pour la sécurité alimentaire en Afrique

Une demande pour d’initiatives pertinentes encouragent la circulation, la promotion et la valorisation de l’information

Libre circulation des biens et des services! Tel est le slogan souvent prononcé par les décideurs politiques et tous acteurs en charge du développement agricole de l’Afrique pour évoquer les contraintes majeures à l’intégration et à la sécurité alimentaire aux niveaux régional et continental.

Mais, ma participation à la Sixième Semaine Scientifique de l’Agriculture Africaine (AASW6) m’amène à affirmer que c’est erroné ou très restrictif, de voir les barrières frontalières à l’intégration régionale et à la sécurité alimentaire en Afrique sous le seul angle de la libre circulation des biens et des services.

En effet, avant qu’un pays ne puisse dégager des surplus pour alimenter le marché régional, il est nécessaire que les petites producteurs, qui constituent le poumon de la production alimentaire en Afrique, aient préalablement accès à des connaissances techniques et scientifiques adéquates pour produire pour se nourrir et ensuite nourrir les autres.

Les pays africains partagent en dehors des similitudes socio-économiques, des conditions agro-écologiques identiques, de sorte qu’une contrainte technique menaçant aujourd’hui un paysan Nigérian, peut avoir été déjà fait objet de recherche au Burkina Faso, au Benin, en Sierra Lionne au Ghana ou ailleurs, et pour laquelle une solution existe déjà. Si l’information pouvait percer les murs des laboratoires, traverser les frontières et atteindre les paysans, l’Afrique devrait déjà être en mesure se nourrir aux regards des connaissances et innovations exposées à la SSAA6 par les acteurs africains en charge de l’innovation technique scientifique dans le domaine agricole. Un zapping, juste sur l’innovation variétale, permet d’illustrer cela.

Ci-contre deux nouvelles variétés de maïs, KOMSAYA et BONDOFA, développés par le Système National de la Recherche Agricole du Burkina Faso dans le cadre du Programme de la Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) mis en œuvre par le CORAF. La variété située à gauche (maïs jaune) est appelée KOMSAYA. C’est une variée améliorée “stay green” avec un rendement potentiel en grain de 8-9,5 tonnes/ha.

Une des particularités du KOMSAYA est que ces feuilles restent toujours vertes même à maturité ; ce qui révèle une importante particulière pour l’élevage notamment en zone sahélienne où la production animale occupe une place importante dans l’économie, alors que les ressources fourragères se font de plus en plus rares. La deuxième variété c’est-à-dire le maïs blanc est appelée BONDOFA. Son rendement est de 6.5 tonnes/ha. Mais malgré toutes ces connaissances, les producteurs africains rencontrent encore des d’énormes difficultés pour un rendement de 2 tonnes/ha.

La photo 2 présente une nouvelle variété de manioc développée par l’Institut de Recherche sur la Biotechnologie et l’Energie Nucléaire du Ghana (BNARI). Comme illustré à travers l’image, cette variété présente des caractéristiques exceptionnellement remarquables. Or, nul n’ignore l’importance du manioc dans la sécurité alimentaire en Afrique. « Gari in the morning, eba for lunch and fufu for dinner », déclare Dr. Kanayo Nwanze, President du FIDA (Fond International pour le Développement Agricole), à la SSAA6. Pour ce qui ignore l’importance du manioc dans la sécurité alimentaire en Afrique, cette déclaration est très évocatrice.

La photo 3 présente deux variétés du riz Nerica développées par le Système National de Recherche Agricole du Mali dans le cadre du Programme de la Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO) du CORAF. Le rendement moyen de chacune de ces variétés est de 5-6 tonnes/ha, avec une potentialité pouvant atteindre 8-9 tonnes/ha. Cependant, jusqu’ici le rendement riz tourne encore au tour de 2 tonnes/ha dans plusieurs régions en Afrique.

Outre ces quelques exemples essentiellement axés sur l’innovation variétal, il existe une multiple de connaissances scientifiques développées par-ci et là, ici ou ailleurs en Afrique, mais en parfaite ignorance des paysans.

Voila donc ce qui nous amène à réclamer une politique de libre circulation de l’Information Scientifique et Technique en Afrique. Beaucoup diront que, physiquement, il n’existe pas en réalité de barrières frontalières à la diffusion de l’information scientifique et technique au niveau régional. Mais le manque de politiques et d’initiatives pertinentes pour la circulation, la promotion et la valorisation de l’information est plus qu’une barrière à son utilisation. Il faudra donc y remédier car l’Afrique devrait déjà être en mesure de se nourrir, si l’information pouvait percer les murs des laboratoires, traverser les frontières et atteindre les paysans.

Blogpost par Rivaldo Kpadonou

Photo: J. Hansen (CCAFS)

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